L'urgence d'agir


Tant qu'il y aura une douleur à partager dans le monde, vous serez là, compagnon de la nuit et du doute, de la veille et des larmes. L'aurore se lèvera pour les autres; pour vous, elle sera encore prématurée tant qu'il y aura un enfant plongé dans le coma, et des parents effondrés pour qui le temps s'est arrêté au chevet d'un être déjà absent. Vous serez toujours cette femme sans âge, les yeux dévorés de pleurs au carrefour de toutes les passions, prête à toute compassion. Pour vous, il pleut sur la route du soleil, et vous êtes cet aveugle que les voitures éclaboussent au trottoir. Le chemin du bonheur, il faut le traverser bien vite, au risque d'être renversée par les fous de la vie, vous qui n'avez de regard que pour le mourant négligé sur la chaussée, de l'autre côté de la voie qui mène de Jérusalem à Jéricho. Et si l'on vous demande raison de l'espérance qui vous presse à agir de la sorte, vous prenez l'enfant mort qu'on descend de la croix et vous lui ouvrez le tombeau de vos bras, pour que là, tout contre votre sein, il repose et s'éveille et revive en vos entrailles.



Christian de CHERGE

Référence: L'invincible espérance, Paris, Bayard, 2010, p. 41-42


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