Coronavirus, bifurcations, rassemblements et convictions.


Nos sociétés hypermodernes, qui pensaient être à l’abri d’évènements difficiles à contrôler car elles pensaient que les rationalités scientifiques et technologiques anticipaient toute situation imprévue, sont confrontées à un nouveau cas de situation difficile à maîtriser.

(.) Ces dernières années d’autres dynamiques ont échappé à la capacité de contrôle du devenir. Les transformations du climat suite à l’action humaine ; la crise bancaire et l’affolement des marchés boursiers en 2008 ; les développements chaotiques des migrations humaines ; l’enclenchement de spirales de violences armées; l’innovation technologique non maîtrisée et non coordonnée comme celle qui a lieu depuis vingt ou trente ans et qui se poursuit de manière croissante dans une compétition mondiale.

Il faudra voir si l’accumulation d’événements où les systèmes sociaux « perdent les pédales » amènera à opérer une véritable bifurcation ou bien si l'on continuera dans la culture du meilleur des monde.

Actuellement, malgré des systèmes de santé efficaces, les progrès scientifiques et médicaux et les instances de coordination mondiale, l’événement déborde les capacités de maîtrise. (.) Actuellement, on voit que les seules contreoffensives de dissuasion préconisées à l'égard de ce virus relèvent avant tout des comportements individuels dont notamment la réduction d’intensité des contacts, donc de probabilité quantitative des risques d’attraper le virus. (Les mesures impopulaires), les gouvernants n’osent pas les imposer trop rapidement, tellement l’évidence d’une société qui tourne à toute allure et tout le temps semble intouchable. (.)

(...) Ces derniers temps, des philosophes et des essayistes ont écrit sur la crise des démocraties en invoquant divers arguments. Mais ils ont oublié l’argument central : l’utopie démocratique s’est fondée sur l’espoir et l’intention de maîtriser au mieux collectivement l’avenir. C’est plus cela que l’accroissement du PIB. Or, depuis plus de trente ans les démocraties et le personnel politique, nationaux ou européens, maîtrisent de moins en moins l’avenir. Ils sont de plus en plus là pour gérer les dégâts.

La crise du coronavirus sera un test de la capacité des démocraties et de tous les citoyens à agir sur l’avenir, chacun à sa manière. En espérant qu’après, les sociétés démocratiques à l’échelle nationale, européenne, mondiale prendront le temps de se demander comment bifurquer vers une nouvelle manière de construire leur avenir et lutter contre les autres virus qui travaillent et érodent nos démocraties.


Felice Dassetto

Référence: blog de Felice Dassetto


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