La vie clé en main



« Il s’agit de prendre la vie « clé en main », tout accueillir, tout prendre.

Etty Hillesum dit que, chaque soir, elle a son quart d’heure bouddhiste.

L’idée est que si l’on veut saisir la vie, on passe à côté de la vie. Il s’agit de tout accueillir. Si on veut lessiver la vie du mal, on passe à côté de la vie. Si on veut enlever de la vie tout pépin, on peut se lever tôt et on n’y arrivera pas. C’est çà le constat de l’acceptation chez E.H. : c’est que quoi qu’on fasse, il y a souffrance.

Il y a un gros malentendu qui dit que la spiritualité va nous évacuer toute cette souffrance : non : peut-être nous aide-t-elle à accueillir la souffrance mais en tout cas pas à la congédier. Ca ce saurait s’il y avait une recette qui bazarde la souffrance !

Chez Etty Hillesum il y a toujours l’affirmation : « Je suis de taille à affronter la vie, quoi qu’il puisse m’arriver ».
Ou plutôt : « La vie en moi – ou, chez Etty Hillesum, Dieu en moi – est de taille à affronter la vie.
Cette conviction va la nourrir au fil de son journal : « La catastrophe qui s’annonce, je suis de taille à la vivre. Précisément par cet acte d’abandon. Et elle dit : « Maintenant, je sens la nécessité de m’agenouiller soudain au pied de mon lit, même dans le froid d’une nuit d’hiver, être à l’écoute de soi-même, se laisser guider non plus par les inclinations du monde mais par une urgence intérieure.»

Ecouter la nécessité qui nous est propre. C’est un exercice spirituel. Saint Ignace l’appellerait le discernement : qu’est-ce que la nécessité intérieure me dicte de faire ? Il s’agit, dans le même temps, de désobéir à nos caprices, aux superficialités, pour aller descendre à l’intérieur, au fond du fond, et écouter cette nécessité intérieure.

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Alexandre JOLLIEN

Référence: in Conférence « Etty Hillesum, un baume sur tant de plaies », au laboratoire philosophique des hôpitaux universitaires de Genève.


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