Que fais-tu grand-mère ?


Que fais-tu grand-mère, assise là, dehors, toute seule ?

Eh bien, vois-tu, j'apprends.
J'apprends le petit, le minuscule, l'infini.
J'apprends les os qui craquent et le regard qui se détourne.
J'apprends à être transparente, à regarder au lieu d'être regardée.
j'apprends le goût de l'instant quand mes mains tremblent, la précipitation du cœur qui bat trop vite.
J'apprends à marcher doucement, à bouger dans les limites plus étroites qu'avant, et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

Comment est-ce que tu apprends tout cela, grand-mère ?

J'apprends avec les arbres et avec les oiseaux, j'apprends avec les nuages.
J'apprends à rester en place et à vivre dans le silence.
J'apprends à garder les yeux ouverts et à écouter le vent.
J'apprends la patience et aussi l'ennui.
J'apprends à passer sans laisser de traces,
à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser.
J'apprends à me réjouir au début du printemps et à la fin de l'automne,
à voir un arc-en-ciel dans une goutte de pluie et une vie entière dans une gouttelette de soleil qui scintille sur une pierre.
j'apprends que les chemins se divisent et se perdent, que les regrets sont de petites pierres pointues qui blessent les mains de celui qui les enserre et qu'il est meilleur que nos mains restent ouvertes.
J'apprends mes erreurs, mes chagrins et mes oublis et toutes les joies qui se faufilent, poissons d'argent dans la nasse de notre vie.

Grand-mère, je ne comprends pas, pourquoi apprendre tout cela ?

Parce qu'il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains, à accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée.
J'apprends qu'il n'est pas de temps perdu ni de temps gagné, mais que l'infini est là, dans chaque instant, cadeau trop souvent refusé dans le torrent des jours.
J'apprends qu'il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur, que leurs yeux reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs.
J'apprends qu'il faut se tenir prêt à partir quand le vent souffle ; qu'on avance mieux en se tenant la main ; que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille.

J'apprends que la route est sans fin, et pourtant toujours là !

Anonyme


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