Témoignage

Jean d’Artigues, la force du témoignage (in La Croix du 28-12-20)

Mort la nuit du 24 décembre, à 56 ans. Atteint de la maladie de Charcot, il avait ému les spectateurs du documentaire Lourdes par son puissant témoignage de foi.

« Pour moi, Noël est la promesse que la vie l’emporte sur tout le reste. » Ces mots (La Croix, en 2019) résonnent d’une force particulière. (...)
Ce chef d’entreprise est tombé malade à 47 ans. À l’époque,(il) vient de (.) lancer une entreprise de conseil en communication. Marié, père de quatre enfants, il ressent les premiers symptômes de son mal un mois après son déménagement. Peu après, le diagnostic tombe : il est atteint d’une maladie incurable, la maladie de Charcot. « Au moment où je l’ai appris, j’ai été pris de tournis. Allongé sur mon lit, à l’hôpital, ça a duré dix minutes, et puis ça a arrêté de tourner. J’ai soudain été habité par une force intérieure qui ne m’appartenait pas.» (Pèlerin,2017).

Une évidence s’impose à lui. « Mon corps m’entraînait vers un mode de vie radicalement nouveau, qu’est-ce que j’allais faire de cette situation ? Il fallait que je trouve la bonne façon de vivre pleinement, à cause ou plutôt grâce à ce qui m’arrivait » (La Croix, 2019). Au fur et à mesure, il a perdu l’usage de ses jambes et de ses bras, vivant les dernières années sous ventilation artificielle quasiment jour et nuit, allongé quinze à seize heures par jour. Déterminé, il multiplie les projets : une traversée de l’Atlantique à la voile, l’écriture de livres (1), l’organisation de conférences… Veuf, Jean d’Artigues s’est même remarié en 2017. « Tous les jours, dans ma vie, j’assiste à des petits miracles : une personne, une idée, une info… Regardez, mon remariage avec Laurence, c’était tellement improbable.» (Le Pèlerin).

À travers ses activités, un fil rouge : témoigner de la possibilité d’une vie pleine et joyeuse, quand tout semble perdu aux yeux du monde. Il s’appuyait sur la force qu’il puisait dans sa foi catholique. « Avant ma maladie, je n’étais pas vraiment pratiquant. Je croyais en Dieu mais je n’avais pas fait d’expérience forte de sa présence. Depuis que j’ai ressenti cette paix, je ne me suis jamais senti abandonné. J’ai vécu une expérience physique venue d’ailleurs. Qui m’a sauvé, tout simplement. »

« La grâce de sa maladie », il l’a notamment partagée dans le documentaire Lourdes (...2019), le film racontait le parcours spirituel de plusieurs pèlerins éprouvés. Se sachant condamné, le père de famille y confiait, avec pudeur, ne pas oser demander un miracle pour sa guérison. Son attitude face à la maladie et la souffrance a impressionné. « La maladie est une aventure extrême, parce qu’il faut tout accepter, tout donner, y compris et surtout ce qu’on n’a pas envie de lâcher. (.) Le coup d’arrêt donné par mon corps a été l’occasion de découvrir une dimension de la vie humaine que j’ignorais (…) Dans mes relations avec les autres, je suis passé d’un état de toute-puissance à un état de faiblesse. »

L’an dernier, il confiait être conscient d’approcher de la fin de sa vie. « La mort sera une libération plus qu’une inquiétude?: l’après ne peut être que mieux par rapport à ce que j’endure. (…) C’est la promesse d’une consolation de tous les maux qui m’assaillent. » (.)

Héloïse de Neuville, Chaque jour est une vie, Les Arènes, 347 p., 20 €.

Un(e) aumônier(e)
Publié le 28/12/2020


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