MEDITATION sur l'évangile du 22 MARS


Il y a quelques semaines, nous étions en janvier. En Europe, nous avons ri, avec un certain mépris et même avec du racisme de voir des milliers de chinois construire


deux hôpitaux en 10 jours. L’histoire a ceci de cruel, qu’elle nous place devant la vérité, nous étions inconscients, nous étions méprisants, nous étions … aveugles. Qu’est-ce que cela signifie ? Il y a beaucoup de leçons sur nos modèles politiques, économiques, financiers, sociaux, sociétaux et ecclésiaux, que nous ne percevons pas encore. Nous sommes à l’aube d’un grand drame humain et c’est la règle de l’Histoire, des profonds changements…comme 1945…Un autre signe de l’histoire à prendre en compte : En Alsace la pandémie a commencé dans le cadre d’un rassemblement évangélique, où l’on louait Dieu avec la prétention de faire des guérisons. Qu’est-ce que Dieu nous dit ici ? Je pense que l’humble leçon c’est de découvrir que nous n’avons pas pris au sérieux ni la Chine et encore moins l’Évangile.

Voici l’histoire d’un homme aveugle de naissance. Son histoire est celle de notre monde aujourd’hui. Les disciples de Jésus viennent immédiatement spiritualiser et culpabiliser « Est-ce lui ou d’autres qui ont péchés ?» La question pouvait paraître légitime mais elle ressemble à une manière que nous avons de « juger » à la place du Seigneur. Non, Dieu est ailleurs : « C’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ». Cette réponse de Jésus invite chacun à œuvrer. C’est en « travaillant » aux œuvres, que Dieu est manifesté. A la question où est Dieu, Jésus répond ici : "et toi que fais-tu pour manifester l’œuvre de Dieu aujourd’hui ?"

Jésus fait de la boue avec sa salive. C’est la marque éminente que le premier geste qu’il pose pour manifester la gloire de Dieu est un acte humain. C’était d’ailleurs un soin de l’époque. Nous avons à prendre soin les uns des autres, non pas d’abord par des prières ou des célébrations, mais comme Jésus, par des actes humains. Son geste est sobre et volontaire. Nos gestes aujourd’hui pour œuvrer à manifester la gloire de Dieu c’est de rester chez soi, ne pas sortir si on a des symptômes : c’est un geste humain, sobre, volontaire et responsable, comme Jésus crachant et faisant de la boue. Et pour certains, prendre soin.

Jésus lui demande ensuite d’aller se laver à la piscine. C’est un geste religieux. A l’époque de Jésus, il y avait la croyance qu’un miracle pouvait arriver dans ce lieu. Ce qui est intéressant c’est de constater que Jésus lui demande ce geste en second. Le religieux vient après l’humain. C’est cela qui rend la vue à l’aveugle. Un geste humain de soin, puis un acte religieux. Devant la pandémie, nous ne devons pas nous tromper de combat. Nous sommes privés de messes, d’adorations, de sacrements… Le Seigneur nous rappelle que cela vient en second. Ce temps d’épreuve est une invitation à redécouvrir nos gestes d’humanité. Pour le dire autrement, le Seigneur nous demande de prier après et seulement après que nous ayons été humains.

L’homme est guéri mais il se trouve dans l’opposition. Ce qui est intéressant c’est de voir quelle est cette opposition. Sur quoi les pharisiens critiquent-ils l'aveugle guéri ? L’affaire tourne autour du religieux : « Tu es tout entier dans le péché ! ». Les pharisiens refusent à l’homme le bénéfice de la guérison car ils s’estiment possesseurs de la religion. Or, Jésus vient ici opérer une rupture. L’humain précède le Divin. Chose impensable. C’est parce que l’on est humain que vient alors le Divin. Ici, on comprend alors mieux l’incarnation. C’est parce que Dieu s’est fait Humain, qu’il montre sa divinité. Autrement dit, c’est parce que nous devenons humains que nous sommes divinisés. Il n’y a pas d’autre chemin.

Jésus va donner ainsi de rencontrer à nouveau l’homme après son exclusion. Après l’avoir soigné, humainement, après avoir été guéri par la source, Jésus lui offre une troisième étape : celle de la foi. Si le soin avait bien été un geste, si la guérison à la piscine avait un caractère religieux, ici, Jésus entame un dialogue qui invite à une confiance. On peut mieux comprendre avec notre situation ecclésiale actuelle. Nous sommes privés de l’Eucharistie en vue de prendre soin les uns des autres, et c’est absolument nécessaire. Toutefois, avons-nous osé le cœur à cœur avec le Seigneur. Je veux dire par là que, au plus profond de nous et en toute sincérité, au-delà des apparences, nous disons : oui, Seigneur, nous croyons, c’est toi le vrai Dieu. Avant de communier peut-être que nous avons la chance de dialoguer avec Jésus.

On peut conclure que Jésus illumine cet homme en 3 étapes : la lumière du soin humain, c’est la miséricorde ; la lumière de l’acte religieux, c’est l’espérance ; la lumière de la rencontre, celle de la foi : c’est l’illumination de notre vie et de notre relation à Lui.

Mais alors qu’est-ce que cela nous dit pour notre situation actuelle ? Nous sommes aveugles ! C’est bien cela qu’il faut voir. Aveugles devant nos systèmes politique, économique, sanitaire, injustes et non sécurisés. Aveugles sur notre manière de vivre la religion, comme des pharisiens, on pense qu’à bout de prières sans gestes humains : de justice sociale, de soin de tendresse, tout marchera ; aveugle dans la foi car on fuit le dialogue intime avec le Seigneur. Aujourd’hui nous sommes invités à vivre ces 3 étapes d’illumination, devant les drames et les changements qui arrivent, c’est une urgence.
Philippe

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Publié le 22/03/2020
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